Diabète Associé à la Mucoviscidose (Partie 1)

Nous vous offrons ici un article en deux parties traitant du diabète et de la mucoviscidose rédigé par Linda Belson de la Faculté de Médecine de Montréal au Canada.

Le diabète associé à la mucoviscidose (DAMV) est une complication de plus en plus fréquente. Il correspond à une augmentation anormale du taux de sucre dans le sang (glycémie) et expose le patient à des problèmes directement reliés à la MV tels que la perte de poids et de fonction pulmonaire. Toutefois, il existe aussi des complications propres au diabète avec de possibles atteintes des yeux, des nerfs et des reins. Comme la MV, le DAMV est une maladie chronique pour laquelle il existe des traitements mais qui ne se guérit pas, il est donc important que les patients la connaissent.

Le DAMV est dû en grande partie à l’atteinte du pancréas.  Le pancréas sécrète des enzymes indispensables à la digestion; et les sécrétions visqueuses qui caractérisent la MV l’en empêchent.  L’absence de sécrétion par le pancréas justifie la prise d’enzymes à chaque repas pour plus de 90% des patients. Le pancréas sécrète aussi dans le sang l’insuline, une hormone dont le rôle principal est de contrôler le taux de sucre.

 Après un repas, la nourriture ingérée est transformée en sucres, protéines et graisses.  Le sucre va alors pénétrer dans la circulation sanguine, ce qui entraînera une augmentation de la glycémie.  Cette augmentation constitue un signal pour que le pancréas sécrète l’insuline.

Le DAMV est un type de diabète spécifique qui comporte des caractéristiques d’autres formes de diabète plus fréquentes.  Il est caractérisé par un défaut de sécrétion d’insuline (50% moins d’insuline) comme dans le diabète de type 1, aussi appelé diabète juvénile ou insulinodépendant; et par une montée de sucre principalement après les repas comme dans le diabète de type 2 aussi appelé non insulinodépendant.  La probabilité de développer le DAMV augmente avec l’âge avec près de 10% de risque par décade. Par exemple : près de 20% des sujets âgée de 20 à 30 ans présentent un diabète et cette proportion augmente à près de 30% entre 30 et 40 ans.  De plus, un pourcentage comparable présente des anomalies que l’on appelle pré-diabète ou intolérance au glucose.

 

Comment diagnostiquer le DAMV ?

Symptômes du DAMV.

 Il est possible que les patients ne présentent aucun symptôme ou encore que ceux-ci soient confondus avec ceux d’une surinfection (fatigue, perte de poids et/ou de la fonction pulmonaire). Lorsqu’il y a excès de sucre dans le sang (hyperglycémie), cela entraîne l’envie fréquente d’uriner et/ou de boire, une perte de poids et une fatigue anormale.  Il peut donc être très difficile pour le patient et le médecin de reconnaître les symptômes du DAMV.  Il apparaît donc de façon progressive et insidieuse. Afin d’éviter un diagnostic tardif qui pourrait aggraver l’état de santé des patients, un dépistage leur est souvent proposé dès leur plus jeune âge.

 Dépistage et Diagnostic.

 L’hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO) est la méthode recommandée pour le dépistage et le diagnostic du DAMV. Ce test est réalisé le plus souvent de façon annuelle à partir de la puberté. Il nécessite deux prises de sang : la première se fait à jeun, la seconde se fait deux heures après l’ingestion d’une boisson contenant une quantité fixe de sucre (75g en général). Les valeurs des glycémies à jeun et après 2h détermineront la capacité du corps à réguler le taux de sucre (tolérance au glucose). Idéalement ce test doit être réalisé lorsque le sujet est à distance d’une surinfection, et, si les résultats sont anormaux il est recommandé de réaliser un deuxième test afin de confirmer le diagnostic.

Ce test comporte des inconvénients à la fois pour le patient et pour les cliniques de MV (temps, organisation, plusieurs prises de sang, etc.).  Pour cette raison, on cherche des méthodes alternatives. Par exemple certaines cliniques réalisent une prise de sang occasionnel lors d’une visite car celles-ci surviennent souvent après un repas. Néanmoins il n’y a pas de consensus sur le niveau à partir duquel on peut diagnostiquer un diabète ce qui occasionne souvent un retard dans le traitement. Il existe aussi une prise de sang qui permet d’estimer la moyenne du taux de sucre dans les mois précédents (hémoglobine glyquée ou encore HbA1c: quantité de sucre fixée sur les globules rouges) mais pour des raisons mal comprises, cette prise de sang sous-estime la glycémie moyenne chez les patients atteints de mucoviscidose.

L’apparition récente de machines miniaturisées capables de mesurer près de 300 glycémies chaque jour et qui se portent sur l’abdomen en continu pendant 3 jours pourrait offrir une solution beaucoup plus pratique à l’avenir.

Références

Managing Cystic Fibrosis Related Diabetes, Cystic Fibrosis Fondation, 2008

Rapport du Registre Canadien de Fibrose Kystique 2007

Moran A et al. Diagnosis, screening and management of cystic fibrosis related diabetes mellitus : a consensus conference report. Diabetes Res Clin Pract. 1999; 45: 61-73

White H et al. Nutritional decline in cystic fibrosis related diabetes: The effect of intensive nutritional intervention. Journal of Cystic Fibrosis 8 (2009) 179–185

Guilbault M et Ashby R. L’énigme du diabète lié à la fibrose kystique. Recherche-CRCHUM Vol. 1 – no 2 – avril 2009

Moran A et al. Abnormal glucose metabolism in cystic fibrosis. J Pediatr 1998;133:10-7.

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