Diabète Associé à la Mucoviscidose (Partie 2)

Quels sont les éléments du traitement ?

La prise en charge du DAMV est réalisée conjointement par un endocrinologue (spécialiste du diabète), un pneumologue et une nutritionniste.

Que faut-il changer dans l’alimentation ?

Le diagnostic d’un DAMV entraîne des recommandations diététiques différentes de celles proposées dans les autres cas de diabète. Contrairement aux autres formes de diabète, il ne faut en aucun cas réduire les apports ou se priver de sucre. La priorité reste un régime généreux (120-140 % des besoins théoriques), indispensable pour maintenir ou restaurer un poids satisfaisant. Par contre, il est utile de connaître les différentes sources de sucres (glucides) afin d’orienter les choix vers ceux qui sont digérés de façon plus progressive par l’organisme (ex : aliments riches en fibres, pain entier plutôt que pain blanc) et aussi de les répartir durant la journée entre les différents repas et collations.  Très souvent ces changements suffisent à ramener les valeurs de glycémie dans une zone sans danger pour le patient.

Si malheureusement le taux de sucre est très élevé, il faut recourir à un traitement pharmacologique. Bien que l’injection d’insuline soit le seul traitement recommandé, il semble exister une place pour les traitements oraux (comprimés)

Insuline

L’insuline permet de contrôler les glycémies et elle permet aussi dans certains cas d’obtenir des bénéfices additionnels sur le plan nutritionnel (prise de poids), respiratoire (augmentation de la fonction pulmonaire) et infectieux (réduction de l’importance et/ou de la fréquence des infections). Par contre, elle nécessite des injections ce qui implique une éducation spécifique et peut occasionner des hypoglycémies.

Il existe deux grandes sortes d’insuline :

–       celles qui agissent rapidement et qui sont adaptées pour contrôler la montée de sucre après les repas (Novorapide®, Humalog®, Apidra® et régulière aussi appelé Toronto®).  On utilise rarement la Toronto car elle est associée à un plus grand risque d’hypoglycémie que les autres.

–        celles qui ont un début d’action plus lent mais une durée d’action plus longue qui couvrent les besoins entre les repas (Humulin NPH®, Novolin NPH®, Lantus® ou Levemir®).

Le plus souvent l’insuline sera débutée avant les repas et les collations importantes. Secondairement, si le taux de sucré est élevé au réveil on ajoutera au coucher une insuline de longue durée d’action. La majorité des patients feront donc 4 à 6 injections par jour.

Le début de l’insuline nécessite un apprentissage important : techniques d’injections, consignes nutritionnelles, reconnaissances et traitement des hypoglycémies.  L’insuline craint à la fois le gel et les températures élevées il y a donc des mesures à connaitre pour la stocker et la transporter.

Ces multiples apprentissages sont parfois difficiles pour les patients qui éprouvent des difficultés à accepter un traitement basé sur les injections.

Pour les injections le dispositif le plus utilisé est le stylo (on parle aussi de crayon) qui comporte une cartouche avec l’insuline et sur lequel on visse une aiguille de très petite taille. Ce dispositif est assez petit et peut rester un mois à température ambiante. Il est donc très facile à transporter. Dans des cas plus rares les patients pourrons utiliser des seringues ou une pompe à insuline. Les injections d’insuline peuvent se faire sur le ventre, les cuisses, les fesses et le haut des bras. La taille des aiguilles rends ces injections quasi-indolores. Il existe plusieurs techniques pour calculer la dose d’insuline requise avant les repas mais la plus appropriée aux apporta alimentaires des patients atteints de MV est le calcul des glucides. Cette technique demande au patients de calculer la taille des portions et la quantité de glucides contenu dans son repas ce qui lui permet de calculer la quantité d’insuline requise.

Les agents oraux (comprimés)

Il existe deux grands types d’agents oraux : ceux qui augmentent la sécrétion d’insuline et ceux qui augmentent l’action de l’insuline dans les tissus.  Seuls les premiers ont bien démontré leur efficacité pour contrôler la glycémie chez les patients MV. Le plus utilisé est le glyburide (DiaBeta ®) mais il peut occasionner des hypoglycémies.

L’hypoglycémie est un taux de sucre anormalement bas (< 4.0 mmol/L) qui peut se traduire par des malaises. Il faut donc recevoir une éducation sur les façons de reconnaitre et traiter cet effet secondaire. Une autre molécule, le Repaglinide (Gluconrom ®), est associée à un risque beaucoup plus faible d’hypoglycémie mais la RAMQ limite son utilisation aux patients qui ont présentement des hypoglycémies avec le glyburide. Pour la majorité des patients, les médicaments finiront par perdre de leur efficacité et le traitement nécessitera le début d’injections d’insuline.

 L’hypoglycémie :

Cause 

L’hypoglycémie suite à la prise d’insuline ou de médicament peut être causée par un repas en retard ou manqué, un exercice physique supplémentaire qui brûle plus de sucre, une dose trop élevée d’insuline, une absorption trop rapide de l’insuline, ce qui peut se produire avec l’exercice ou si l’insuline est donnée dans le muscle au lieu de juste sous la peau.

Quels sont les symptômes ?

Lorsque notre taux de sucre sanguin diminue dangereusement, l’organisme nous donne des avertissements. Les premiers signes de l’hypoglycémie sont causés par la libération d’une hormone de stress appelée l’adrénaline. Entre autres choses, cette hormone dilate les pupilles, augmente la fréquence cardiaque, et les gens se sentent fragiles et en sueur. Les patients qui ressentent ces symptômes, doivent vérifier leur taux de sucre dans le sang.

Les symptômes courants de l’hypoglycémie : faim subite,  nausées, tremblements, sueur / pâleur / faiblesse, maux de tête / confusion, vision brouillée ou double,  accélération du rythme cardiaque

Que faire ?

Le meilleur traitement pour le sucre sanguin très faible est de manger ou de boire une source de sucre simple qui ne nécessite pas d’enzymes pour la digestion.

Si votre glycémie est < 3,9 mmol/L, vous devez prendre 15 grammes de sucre : 3 ou 4 comprimés de glucose, ½ tasse de boissons gazeuses régulières ou de jus de fruits, 1 tasse de lait écrémé, 1 cuillère à soupe de sucre ou de miel, ou 1 fruit.

Si votre glycémie est < 2,75 mmol / L, vous devez prendre 30 grammes d’hydrates de carbone (une portion double de ce qui précède).

Si vous prenez de l’insuline, vous devriez toujours avoir avec vous des comprimés de glucose. Utilisez-les lorsque vous vous sentez «faible ».

Si votre glycémie est si faible que vous ne pouvez pas agir, quelqu’un d’autre devra vous donner du glucagon. Le glucagon est une hormone qui augmente le taux de sucre sanguin. Vous devriez toujours avoir avec vous du glucagon. Ceux qui vivent avec vous doivent savoir comment le donner en cas de besoin. Le glucagon peut provoquer des nausées et des vomissements.

Manger ou boire:

• 3 ou 4 comprimés de glucose
• ½ tasse de jus
• 1 tasse de lait écrémé
• 1 c. à soupe de sucre ou de miel
• 1 fruit de taille moyenne

Petit conseil pratique :

Essayez de toujours porter un bracelet ou un collier d’identité indiquant que vous avez du diabète et mucoviscidose. C’est la première chose que les secouristes recherchent. Cela leur dit que vous pourriez avoir besoin de glucagon ou d’injection de sucre en intraveineuse. 

Auto-surveillance glycémique

Quand mesurer la glycémie ?

La plupart des médecins conseillent de vérifier la glycémie 3 ou 4 fois par jour afin de décider de la quantité d’insuline nécessaire.

La plupart des personnes atteintes de diabète vérifie leur glycémie avant le déjeuner, après avant le souper, et avant leur collation au coucher.

Vous devriez toujours vérifier votre taux de sucre sanguin lorsque vous vous réveillez le matin. Le médecin peut également vous demander de mesurer votre glycémie 2h après le repas.

Si vous prenez de l’insuline à action intermédiaire dans la soirée, vérifiez votre sucre dans le sang au milieu de la nuit une fois tous les 2 à 3 semaines pour s’assurer que l’hypoglycémie ne se produit pas pendant le sommeil.

En cas de gavage, vérifiez votre glycémie 1 ou 2 fois par semaine dans le milieu de l’alimentation.

Vous aurez sans doute besoin de plus d’insuline si votre taux de sucre dans le sang est supérieur à 10,0 mmol/L dans le milieu d’une alimentation par sonde pendant la nuit.

Vérifiez votre taux de sucre dans le sang 2 heures après votre plus grand repas. Il devrait être inférieur à 10,0 mmol/L.

Vérifiez avec votre équipe soignante ce que votre objectif devrait être. Si votre glycémie est souvent supérieure à 11,0 mmol/L, vous avez besoin de plus d’insuline à action rapide avant le repas.

Comment faire pour vérifier la glycémie ?

La méthode la plus pratique est le lecteur de petite taille, transportable partout et qui permet d’effectuer des tests instantanés.

Il vient généralement avec un petit « journal quotidien » dans lequel vous pouvez consigner la date, l’heure, les valeurs de glycémies et des commentaires. Il est fortement recommandé d’utiliser ce journal même si votre compteur a une mémoire. N’hésitez surtout pas à noter les particularités du moment. Ainsi, à côté d’une faible quantité de sucre dans le sang, votre médecin pourrait lire : «Je n’ai pas eu le temps de bien manger » ou « J’ai travaillé plus que d’habitude ».

Certains lecteurs sont même dotés d’alarmes de rappel afin de vous aider à maintenir des horaires de tests réguliers.

Si vous avez des problèmes avec votre compteur, vous pouvez appeler numéro 1-888 situé au dos du compteur.

Faut-il systématiquement se piquer le bout du doigt ?

Vous pouvez maintenant faire des prélèvements sur les parties les moins sensibles de votre corps : les bras, avant-bras, mains, haut des cuisses ou mollets.

Que faire avec les résultats ?

Quand vous venez à la clinique, apportez le journal et le compteur.

Si les résultats sont souvent en dehors de la fourchette, la dose d’insuline doit être changée.
Un bon contrôle du diabète requiert une auto-surveillance de la glycémie. Vous et votre équipe de soins du diabète vont travailler ensemble pour vous aider à gérer votre diabète.

Plus vous vérifiez vos niveaux de sucre sanguin, mieux vous pourrez gérer votre diabète.

 Cas particuliers…

Intolérance au glucose

Les personnes ayant une glycémie de 7,8 à 11,0 mmol/L 2 heures après une HGPO ont une intolérance au glucose (IGT) ou prédiabete

Une intolérance au glucose apparaît chez 30 à 40 % des personnes ayant la mucoviscidose. Les personnes IGT ont un risque plus élevé d’avoir le diabète dans le futur.  Ils doivent donc se faire tester annuellement, lors d’une perte de poids inexpliquée, de symptômes de diabète etc.

Le diabète pendant la grossesse

Les femmes atteintes de MV ont plus de chance d’avoir un diabète pendant la grossesse.

Un diabète diagnostiqué pendant la grossesse est appelé diabète gestationnel. Les femmes atteintes de MV doivent avoir une HGPO dès l’annonce de la grossesse.

L’insuline doit être démarrée lorsque le diabète est diagnostiqué afin de préserver à la fois la santé du bébé et celle de la mère. Les femmes atteintes de MV qui ont déjà le diabète devraient consulter leur médecin avant de devenir enceinte car il est essentiel qu’elles aient une bonne maîtrise de leur glycémie avant.  Pendant la grossesse, les besoins en insuline augmentent, surtout pendant les deuxième et troisième trimestres. Incontrôlée, la glycémie peut nuire à la mère et au bébé.

Les femmes atteintes de diabète gestationnel doivent souvent diminuer leur quantité de glucides dans leur régime alimentaire. Cela ne fonctionne pas pour les femmes atteintes de MV et de diabète gestationnel. Manger une haute teneur en calories ainsi qu’une alimentation saine est essentielle ! L’insuline est souvent le traitement de choix car elle favorise le gain de poids pour la mère et le bébé. Se priver de nourriture n’est jamais un bon choix pour les MV. Les besoins nutritionnels sont plus élevés lorsque vous êtes enceinte, il est donc très important d’obtenir toutes les calories dont vous avez besoin pour maintenir un bon poids et une bonne santé pour votre bébé.

Références

Managing Cystic Fibrosis Related Diabetes, Cystic Fibrosis Fondation, 2008

Rapport du Registre Canadien de Fibrose Kystique 2007

Moran A et al. Diagnosis, screening and management of cystic fibrosis related diabetes mellitus : a consensus conference report. Diabetes Res Clin Pract. 1999; 45: 61-73

White H et al. Nutritional decline in cystic fibrosis related diabetes: The effect of intensive nutritional intervention. Journal of Cystic Fibrosis 8 (2009) 179–185

Guilbault M et Ashby R. L’énigme du diabète lié à la fibrose kystique. Recherche-CRCHUM Vol. 1 – no 2 – avril 2009

Moran A et al. Abnormal glucose metabolism in cystic fibrosis. J Pediatr 1998;133:10-7.

1 Réponse à "Diabète Associé à la Mucoviscidose (Partie 2)"

Laissez un commentaire

Vous devez être connecté pour laissez un commentaire.